Résumé
L’agrivoltaïsme (agri-PV) permet concilier production d’électricité solaire production agricole sur une même parcelle. Son intérêt principal réside dans l’optimisation du foncier, la sécurisation des revenus agricoles et l’amélioration de la résilience climatique. En France et en Europe, son développement est encadré par des critères stricts garantissant une véritable synergie entre agriculture et énergie. Bien conçu, un projet agrivoltaïque devient un actif durable et performant. Mal conçu, il devient un risque réglementaire.
Introduction
Développer un projet photovoltaïque au sol ne se limite plus aujourd’hui à une approche technique fondée sur le productible ou le raccordement.
La question centrale est désormais celle de l’usage du sol.
Dans un contexte marqué par la pression foncière, les enjeux de souveraineté alimentaire et les objectifs de transition énergétique, chaque projet doit s’inscrire dans un équilibre territorial plus exigeant, où production agricole et production d’énergie ne peuvent plus être pensées de manière indépendante.
C’est dans ce cadre que l’agrivoltaïsme s’impose progressivement comme une réponse structurante. Il ne s’agit plus seulement d’implanter des panneaux sur une parcelle agricole, mais de concevoir des systèmes capables de créer une valeur conjointe, énergétique et agronomique.
Tous les projets développés en milieu agricole ne relèvent donc pas de l’agri-PV. Et surtout, tous ne génèrent pas de valeur agricole. Or, la réglementation française est explicite : une installation ne peut être qualifiée d’agrivoltaïque que si elle contribue « durablement à l’installation, au maintien ou au développement d’une production agricole ».
C’est précisément cette exigence qui conditionne l’intérêt réel de l’agrivoltaïsme.
Structurer un projet agrivoltaïque conforme dès l’amont
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Télécharger la checklist agrivoltaïqueL’agrivoltaïsme : une réponse à la contrainte foncière et aux objectifs énergétiques
Le développement du photovoltaïque au sol s’inscrit dans une trajectoire d’accélération forte à l’échelle européenne. Les objectifs de déploiement nécessitent une mobilisation croissante du foncier, alors même que celui-ci est soumis à des contraintes de plus en plus fortes. Les terres agricoles sont au cœur de cette tension.
Historiquement, le photovoltaïque au sol s’est développé sur des terrains dégradés ou à faible valeur agronomique. Mais cette logique atteint aujourd’hui ses limites. La raréfaction des surfaces disponibles et l’augmentation des exigences réglementaires rendent nécessaire une évolution du modèle.
L’agrivoltaïsme répond directement à cette problématique en introduisant une logique de double usage du sol. Il permet de dépasser l’opposition entre production agricole et production énergétique, en proposant une approche intégrée.
Ce positionnement est renforcé par le cadre réglementaire français issu de la loi d’accélération des énergies renouvelables, qui vise explicitement à concilier développement du solaire et préservation des terres agricoles.
Ainsi, l’enjeu n’est plus seulement de produire de l’énergie, mais de le faire sans compromettre les fonctions agricoles des territoires.
Qu’est-ce que l’agrivoltaïsme, concrètement ?
L’agrivoltaïsme désigne un système dans lequel une installation photovoltaïque est implantée sur une parcelle agricole, avec pour objectif de contribuer durablement à l’activité agricole.
Cette définition introduit une distinction essentielle avec le photovoltaïque au sol classique.
Dans un projet agrivoltaïque, la production agricole reste l’activité principale. La production d’électricité constitue un usage complémentaire, qui doit s’intégrer sans dégrader la performance agronomique, et idéalement l’améliorer.
Cette logique repose sur un principe de synergie.
Les installations peuvent, selon leur conception, apporter différents services à la parcelle : protection contre les aléas climatiques, régulation thermique, réduction de l’évaporation ou amélioration du bien-être animal.
Ce point est fondamental.
L’agrivoltaïsme ne repose pas sur une simple cohabitation entre panneaux et agriculture. Il implique une interaction fonctionnelle entre les deux systèmes.
Un cadre réglementaire structurant en France
Le développement de l’agrivoltaïsme s’inscrit dans un cadre réglementaire désormais clairement défini.
Les 4 piliers de l’agrivoltaïsme
En France, la réglementation (loi APER et décret d’application) structure l’agri-PV autour de 4 piliers fondamentaux :
- Maintien d’une production agricole significative
- Amélioration du potentiel agronomique ou de la résilience
- Adaptation au changement climatique ou d’une protection contre les aléas
- Réversibilité des installations
Un projet qui ne respecte pas ces critères peut être requalifié en simple centrale photovoltaïque.
La performance d’un projet ne se mesure plus uniquement en mégawattheures produits, mais en capacité à maintenir et à valoriser l’activité agricole.
Pourquoi l’agrivoltaïsme intéresse autant aujourd’hui ?
Une réponse économique pour les agriculteurs
Il ne s’agit pas uniquement d’un complément de revenu. C’est souvent une sécurisation du modèle économique de l’exploitation.
Dans un contexte de volatilité des revenus agricoles et de pression climatique croissante, les exploitations sont confrontées à des niveaux d’incertitude de plus en plus élevés.
Dans ce cadre, l’agrivoltaïsme peut, selon les configurations, s’inscrire dans une logique de diversification des activités. La production d’électricité constitue alors une source de valeur complémentaire, qui s’ajoute aux revenus agricoles existants sans s’y substituer.
Un levier d’acceptabilité pour les développeurs
Pour les développeurs, il ouvre l’accès à de nouveaux gisements fonciers, tout en améliorant l’acceptabilité des projets. Cette dimension est essentielle dans un contexte où les oppositions locales peuvent ralentir, voire bloquer, le développement des centrales photovoltaïques.
Une réponse agronomique face au changement climatique
L’un des points les plus intéressants, souvent sous-estimé, concerne les effets agronomiques.
Les systèmes agrivoltaïques permettent, dans certains cas, de moduler l’ensoleillement, de réduire le stress hydrique et de protéger les cultures contre les conditions extrêmes. Certaines études montrent même une amélioration de la résilience agricole face aux épisodes climatiques intenses.
Les bénéfices dépendent directement de la qualité de conception du projet et de son adaptation au contexte agricole local.
Les limites et points de vigilance
Si l’agrivoltaïsme constitue une opportunité structurante, il présente également des contraintes importantes.
La complexité des projets est significativement plus élevée que pour une centrale photovoltaïque classique. Elle nécessite une approche pluridisciplinaire intégrant agronomie, ingénierie et réglementation.
Les coûts d’investissement sont également plus importants, en raison des structures spécifiques (souvent à des hauteurs plus importantes) et des études complémentaires nécessaires.
Enfin, le risque réglementaire doit être appréhendé à deux niveaux distincts.
En phase amont, un projet qui ne démontre pas clairement sa contribution à l’activité agricole peut être refusé lors de l’instruction. Dans ce cas, le projet n’est pas autorisé et ne peut pas être développé.
Une fois le projet agrivoltaïque autorisé et mis en œuvre, il fait l’objet de contrôles dans le temps, notamment pour vérifier le maintien des performances agricoles. Ces contrôles sont réalisés avant la mise en service, puis après plusieurs années d’exploitation, et de manière régulière par la suite.
Si les critères ne sont plus respectés, par exemple en cas de baisse significative du rendement agricole ou de non-conformité aux exigences réglementaires, l’installation peut faire l’objet d’une obligation de mise en conformité ou de sanctions. Celles-ci peuvent aller jusqu’au retrait de l’autorisation et à l’obligation de démantèlement de l’installation, avec remise en état de la parcelle.
Ces éléments impliquent une montée en compétence des acteurs du secteur et une structuration plus rigoureuse des projets.
Comment réussir un projet agrivoltaïque
La réussite d’un projet agrivoltaïque repose avant tout sur la qualité de sa conception.
Ce qui différencie un projet robuste d’un projet fragile n’est pas la technologie utilisée, mais la méthode. Un projet performant est d’abord un projet pensé à partir de l’exploitation agricole : ses contraintes, ses usages, ses cycles et ses conditions réelles d’exploitation.
La topographie, les flux de circulation, l’organisation des parcelles ou encore l’implantation des structures ne sont pas des paramètres secondaires. Ils structurent directement la viabilité du projet, tant sur le plan agricole qu’énergétique. Les retours d’expérience terrain montrent que ces éléments conditionnent autant la performance que l’acceptabilité du projet.
Dans ce contexte, la co-construction avec l’exploitant devient indispensable. Un projet agrivoltaïque ne peut pas être conçu de manière descendante. Il doit être intégré dès l’origine dans une logique agricole, afin de garantir sa cohérence et sa durabilité.
Cette exigence implique également de s’appuyer sur des outils capables de fiabiliser les choix dès les premières phases. Des solutions comme archelios PRO permettent de structurer la conception en intégrant l’ensemble des paramètres du projet, depuis l’étude de faisabilité jusqu’à l’analyse de rentabilité. Simulation de production, modélisation 3D du site, calcul de productible ou encore analyse économique permettent d’objectiver les décisions et de sécuriser la viabilité globale du projet.
Dans le cas spécifique de l’agrivoltaïsme, cette capacité à simuler et comparer différents scénarios devient déterminante. Elle permet d’ajuster finement l’implantation et de concevoir des projets réellement performants, à la fois sur le plan énergétique et agricole.
Evitez les refus administratifs
Un projet mal strucuturé peut être refusé ou requalifié. Téléchargez la checklist pour sécuriser chaque étape.
Télécharger la checklistCas concret : agrivoltaïsme bovin en France
Exemple avec un cas concret :
Un projet agrivoltaïque bovin de 14,5 MWc développé en France illustre parfaitement les enjeux.
Ici, le photovoltaïque ne vient pas contraindre l’activité agricole. Il vient s’y adapter.
Les circulations sont pensées pour les engins et les animaux. L’implantation des panneaux tient compte des besoins de l’exploitation, en intégrant les contraintes de production et l’organisation des parcelles.
Le projet est conçu sur toute la durée de vie de l’installation, généralement comprise entre 20 et 30 ans. Cela implique d’anticiper les évolutions des pratiques agricoles et de garantir le maintien des performances dans le temps, conformément aux obligations de suivi agronomique prévues par la réglementation.
C’est précisément cette approche qui permet de sécuriser l’acceptabilité du projet, sa rentabilité et sa conformité réglementaire.
C’est exactement ce type d’approche qui permet de sécuriser à la fois :
- L’acceptabilité
- La rentabilité
- La conformité réglementaire
FAQ
L’agrivoltaïsme consiste à produire de l’électricité solaire sur une parcelle agricole tout en maintenant une activité agricole durable.
La loi APER et le décret de 2024 imposent de maintenir une production agricole significative et de démontrer un bénéfice agronomique réel.
Oui, s’il équilibre production énergétique, contraintes agricoles et modèle économique sur le long terme.
Le photovoltaïque classique remplace l’usage agricole. L’agrivoltaïsme le maintient et doit l’améliorer.
La France, l’Allemagne et l’Espagne sont les marchés les plus dynamiques, avec des approches réglementaires et techniques différentes.
Le projet doit contribuer durablement à la production agricole et ne pas en dégrader les performances.
Conclusion
L’agrivoltaïsme marque une évolution structurante du photovoltaïque au sol.
Il ne s’agit plus simplement de produire de l’énergie, mais de concevoir des projets capables de créer une valeur durable, à la fois agricole, énergétique et territoriale. Cette exigence redéfinit en profondeur les pratiques des développeurs.
Un projet agrivoltaïque performant repose sur une condition essentielle : sa capacité à être justifié dès la phase de conception. Implantation, productible, impacts sur l’exploitation agricole et viabilité économique doivent être analysés et cohérents avec les caractéristiques du site, afin de garantir la conformité du projet et le maintien de l’activité agricole dans le temps.
C’est précisément sur cette phase que des outils comme archelios PRO apportent une valeur déterminante. En permettant de modéliser, simuler et analyser l’ensemble des paramètres d’un projet photovoltaïque, ils offrent un cadre structurant pour sécuriser les choix techniques et économiques dès l’amont.
Dans le contexte spécifique de l’agrivoltaïsme, cette capacité à tester différents scénarios et à affiner l’implantation devient un levier clé pour concevoir des projets réellement performants, conformes et durables.
Sources
Cet article a été rédigé par :
Jérôme MULLIE
Directeur Technique - Trace Software
Au delà d’apporter une solution de calcul complète, nous souhaitons également partager notre expertise sur l’électrotechnique avec les acteurs de la filière afin de les accompagner dans la conception et l’exploitation de leurs installations.
